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Y-a-t-il du poisson dans le Golfe de Gascogne?

EN MER AVEC l'OISEAU DES ILES

" Y-a-t-il du poisson dans le Golfe de Gascogne?" Cette question tourmente les marins pêcheurs. La "ressource" diminue après des années de surexploitation.Comment pêcher en respectant l'océan ? Pour expliquer son métier, Patrick Lafargue invite des estivants pour une journée en mer sur son bateau "l'Oiseau des Iles" . info

Personnalité emblèmatique de Capbreton "jadis port spécialisé pour la pêche à la baleine dans les mers glaciales du Grand Nord" Patrick Lafargue est un ardent défenseur de la pêche artisanale. Président de plusieurs associations professionnelles il représente souvent le port dans les négociations avec les élus et chaque été il relance le débat sur les enjeux de la pêche et l'avenir d'un savoir-faire menacé. Comment pêcher en respectant l'océan et en maintenant la qualité des poissons mis sur le marché? Pour expliquer son métier, chaque été il accueille à son bord des estivants pour une journée en mer .
"Ce métier il faut le vivre. Mon but est de faire plaisir mais aussi de communiquer Je souhaite que nos touristes voient le déroulement complet d'une journée de pêche. Si on arrive à faire une jolie pèche, ils sont contents. Mais si on raméne peu de poisson ils sont très étonnés de voir combien l'on travaille et le faible résultat...Alors je leur dit voyez vous-même! Il ne faut pas croire mais constater ce qui est aujourd'hui la réalité de notre métier.


Que fait le pècheur? Moi j'essaie d'inculquer certaines notions car nous ne sommes pas des pollueurs. Quand un père vient avec son fils je confirme que l'on ne jette rien à la mer, que ça coûte cher à tout le monde et que c'est aussi à nous les professionnels de la pêche de gérer un milieu naturel . On sait qu'il faut quatre-vingt ans pour eliminer un seul sac poubelle plastique il y a donc des raisons de s'inquiéter pour tout l'ecosystéme! Idem pour les vidanges d'hydrocarbures. Nous les petits bateaux, nous recupérons parfois des plaques de pétrole dans nos filets du fait des dégazages sauvages."

Chez les Lafargue la pêche est une affaire de famille.


Madame Evelyne Lafargue sur le marché des quais de Capbreton,

Nicolas et Francis, 19 et 20 ans, accompagnent leur père. Ils travaillent en mer six jours sur sept pour relever les innombrables filets. Dès leur retour au port, Eveline Lafargue réceptionne les caisses de poissons pour les mettre immédiatement en vente sur le quai. Bien allongés sur leurs lits de glace, la peau brillante et l'oeil itou , ces beaux specimen de la gastronomie sont attendus chaque jour avec impatience par une petite foule de fidèles attentifs qui se précipitent comme à une criée. Aujourd'hui l'étalage de L'Oiseau des Iles propose des louvines, des soles, des daurades et quelques délicieuses bosnites. Ces poissons sont-ils recherchés parce qu'ils ont été pêchés dans les rêgles de l'art? Pour constater de visu les réalités de la pêche le départ a été fixé à 5h45 précises et « l'Oiseau des Iles » n'attend pas. Hardi les gars , les amarres sont larguées! Il faut arriver tôt sur les zones de pèche.

Le moteur ronronne , l'océan est calme, nous avons passé sans anicroche la célèbre fosse marine , le gouffre de Capbreton situé à la sortie du port. Il culmine autour de moins 3000 mètres, comme nous le montre en temps réel la carte numérique sur un des écrans du poste de pilotage. Par gros temps c'est une passe dangeureuse difficile à négocier. Ramènerons-nous trente ou trois cents kilos de poisson? Comment un artisan-pêcheur peut-il maintenir la rentabilité de son activité? La pêche industrielle est-elle responsable d'une situation qui signifie à terme la mort d'un métier millénaire?

Patrick Lafargue et son équipe

A bord l'équipe s'affaire. Le capitaine impassible tient le gouvernail , un oeil sur l'horizon et une oreille sur les systémes de transmissions. Dans l'habitacle les téléphones sonnent tous en même temps, les bateaux échangent des informations en continu en prenant soin de ne pas se faire repérer de leurs concurrents suréquipés. L'ordinateur du bord localise précisément les coordonnées des filets déposés la veille et surmontés d'un fanion flottant aux armes de « l'Oiseau des Iles ». Nous y sommes. Les deux fils aidés d'un employé vont s'activer sans un seul instant de répit excepté la courte pause du déjeuner. Toute la journée l'enrouleur mécanique remontera des kilomètres de filet à toute vitesse. Sur le pont, c'est un travail à la chaîne, les gestes sont précis. Il faut libérer rapidement les magnifiques poissons prisonniers des mailles translucides et rejeter par dessus bord après un bon coup de maillet, quelques affreux poissons-torpilles de la famille des raies capable d'envoyer des décharges électriques.

 

Faut-il croire encore à la pèche artisanale?

Reste le meilleur , la bonne pêche, comme ce cadeau du ciel un bar magnifique . Les poissons sont lavés au jet, rangés dans les caissons et raffraichîs régulièrement jusqu'au retour à la base. Au loin les plages des Landes sont baignés de soleil , le filet se déroule sous nos yeux mais la plupart du temps il est désespérement à moitié vide... On dit que les bateaux fileyeurs déroulent jusqu'à 60 km de filets pour prendre ce qu'il pèchaient avec seulement 10 kilometres il y a dix ans . "La ressource va mal» confirme M Lafargue. "On ne les distingue pas mais en ce moment même, il y a au loin vers le large de grands bateaux usines qui pratiquent la pêche à outrance et qui nous bouffent tout! Avant on avait de la pèche de saison la sole, l'anguille, le merlu etc...Les navires hollandais vont vers les grands fonds chercher le cabillaut mais ils pèchent eux-aussi des rougets, de la sardine et aussi le turbot. Même les anchois sont moins nombreux , on ne les voit plus...A cause de la surexploitation, des courants ou de la pollution? "s'interroge le patron-pècheur. "C'est difficileà déterminer. En vingt ans la ressource s'est excessivement raréfiée mais pour l'instant , on y croit encore à notre pèche artisanale! En Espagne les produits de la mer constituent l'essentiel de l'alimentation. Il faudrait que les français consomment plus de poisson et pas seulement le Vendredi Saint." clame le capitaine.

De Bayonne à Arcachon seulement deux vedettes de surveillance. Un jour il a découvert dans ses filets un poisson des profondeurs minuscule et rare , lequel est désormais consigné pour l'eternité dans une encyclopédie de la mer à Londres. Aujourd'hui rien de tel sur le livre de bord! Le patron se contente de détailler précisément la composition des prises du jour pour les déclarations nécessaires aux statistiques européennes. Les chiffres vont-ils confirmer ce que tout le monde craint?
Certes le temps des pêches miraculeuses est terminé. Dans les années soixante, les crédits avaient ont été distribués à tout-va pour des bateaux neufs équipés de moteurs puissants. Ensuite les filets se sont allongés pour tenir les cadences infernales de la rentabilité . "Il n'est plus temps d'accuser aujourd'hui" comme le déclarait Michel Douai de la Rochelle « Nous sommes tous coupables; les petits, les gros, les français comme les espagnols ». Si les bateaux pélagiques équipés de gigantsques doubles filets ont pillés les stocks encore vierges et si certains chalûtiers pêchent les « juvéniles» au mépris de la loi , les grands bateaux-usines viennent achever le carnage en travaillant au delà des dérogations légales. C'est à dire comme le constate tous les jours Patrick Lafargue: « ils pèchent toute l'année alors qu'ils n'ont que trois mois d'autorisation. Et aujourd'hui de nombreuses espèces sont carrémant en voie de disparition. » Pour ces raisons il est opposé à la surpêche et défend le principe d'une activité selective assortie de pratiques pour protéger l'environnement. «Les poissons ne peuvent plus se reproduire et nous malheureusement nous subissons cette surexploitation. Alors nous demandons que les contrôles soient effectifs et que les tonnages soient limités et que la loi soit vraiment respectée. l'Etat devrait reprendre en main tout ça. Ici à Bayonne. il n'y a pas assez de moyens en service pour proteger la ressource. Par exemple, pour surveiller la zone qui va de Arcachon à Hendaye il n'y a que deux vedettes! Ils ne peuvent pas contrôler ici et au large en même temps! Nous attendons des décisions européennes pour brider les chalûtiers hollandais , belges et norvegiens qui mesurent jusqu'à quatre-vingt mètres. »

La pêche authentique au large de Capbreton

Nous sommes moulus mais moins que les pêcheurs qui se sont activés sans relâche. Nous avons beaucoup appris, nous avons partagé quelques heures avec ces « travailleurs de la mer » . S'agit-il d'un constat alarmiste? Patrick Prouzet du Laboratoire Halieutique d'Aquitaine le confirme: " la ressource diminue car la pression est forte sur les poissons nobles pêchés par les petits bateaux-fileyeurs c'est à dire les poissons plats, les turbots, merlus. Il faut comprendre que ces bateaux sont limités en puissance de pêche ( capacités et distances) , ils ne peuvent donc compenser cette diminution en pêchant plus et plus loin comme leurs concurrents. Nous sommes inquièts car cette surexploitation intense signifie une économie sur la corde raide.

Peut-on imaginer que l'océan devienne un désert ? Pourtant l'espoir existe : celui de créer des réserves naturelles ou d'interdire la pêche pendant le mois de janvier pendant la période du frai. Ici chacun le sait : quand il n'y aura plus de poissons il n'y aura plus de pêcheurs!
Des solutions et des projets existent pour rassembler les touristes comme les professionnels . Pour faire connaître l'océan, les activités nautiques et la pêche de qualité, la capitainerie du port de Capbreton va developper des actions qui mèlent la navigation de plaisance à la pèche artisanale. Depuis Capbreton , les touristes pourraient ainsi participer à des expéditions de pêche artisanale authentique accompagnés par de véritables professionnels sur des bateaux confortables. Un port vit l'été mais aussi l'hiver , grâce à ses marins pêcheurs qui y apportent tous les jours , non seulement les poissons dédiés à la consommation mais aussi la vie sociale , l'animation et la conservation d'un patrimoine maritime et portuaire.

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